S51/ "Le point d'ancrage"

Le point d’ancrage constitut l’espace de repos après la collecte, imaginé à partir du récit du mode de vie passé des peuples du fleuve de l’Amour, faisant une utilisation radicale du poisson. Ils se servaient de sa peau comme matière première à de nombreux équipements et objets du quotidien. Leur mode de production se trouvait dans une désintégration totale du poisson, en même temps qu’une intégration totale à la vie de la communauté : La peau constituait une surface textile et permettait aussi la fabrication de fils et de colle. Les arrêtes devenaient des aiguilles ou des jouets pour enfants, les têtes, des amulettes et les organes, la nourriture des chiens.

Le point d’ancrage est le minimum d’un campement, un objet-espace itinérant qui correspond symboliquement à ma manière de collecter et de voyager, né de mes collectes à Paris et à Sao Paulo. Ma collecte est provoquée par le besoin de trouver de la matière : la peau de poisson et les cheveux qui traversent mon travail. Ce que je collecte est chargé de l’endroit d’où il vient autant que de la vie qui l’a parfois traversé et du souvenir qu’il porte du moment où je l’ai trouvé. J’ai défini les objets de mes collectes par entités, un mot qui leur redonnent à mon sens une forme d’individualité. Elles se présentent hybridées avec les techniques qui me sont cher : la tapisserie, la vannerie et la couture. En cela ce campement minimal figure une partie du monde qui m’est apparu en commençant à glaner des choses autour de moi. Il est à la fois mon point d’ancrage fictif et celui des entités présentes ici : en référence à la dernière étape du tannage des peaux de poisson que j’opère et que les peuples du fleuve de l’Amour opéraient : les trois peaux au centre de l’habitacle prennent la position du séchage.