PH26/ "Ecosystemes"

J’ai réalisé cette photographie numérique afin de créer une fiction. Pour la composer j’ai associé des poissons que j’ai évidé au préalable en les rembourrant comme de la farce avec des perles en camaïeu de vert que j’ai tissé sur un tissu. Je m’inspire beaucoup de l’univers de la cuisine, métier de mon père, je l’ai toujours considéré comme un artiste qui créait de l’art en associant goûts, techniques et couleurs, c’est de cette même manière que je vois ma création plastique, un mélange et des associations de matières, d’idées et de formes. La cuisine me permet de traduire métaphoriquement ma vision de nos sociétés, douces, aimantes comme des plats réalisés avec soin, des moments partagés, suggérés par la préciosité des perles, par la nappe et la légère contre plongée ; tout autant que violentes et vulnérables comme la découpe et mise à nue de la chair.
Cette pièce est une nature morte surréaliste. J’ai pensé la gamme chromatique de l’image en alliant différents gris, verts et rouges, s’unissant aussi par l’aspect brillant de la peau des poissons et celles des perles. Avec cette prise de vue, je joue sur les notions d’attrait et de répulsions : les poissons sont morts, leurs chairs et leurs entrailles qui débordent de leurs abdomens, mais ses dernières sont aussi réfléchies comme des bijoux dans le but de sublimer une chose écœurante. Leurs cadavres attire des mouches, détails subtils de l’image, créant ainsi le cycle de la vie à petite échelle : les morts servent au vivant, une boucle se créée. Étant un médium inerte, utiliser la photographie me permet d’accentuer l’aspect mortuaire de la scène. Dans ce dévoilement des poissons, de nouvelles formes de vies prennent possession de ce nouvel habitat le rendant organique nous offrant comme une mise à nue de la mer.
Se confrontent et s’amalgament l’animal et l’artificiel, le vivant et l’inerte. Un nouvel écosystème apparaît dans ces formes à l’image de celui que nous détruisons avec les tonnes de déchets plastiques rejetés dans les océans. Nous pouvons imaginer dans un futur probablement proche que c’est ainsi que nous trouverons les poissons, gangrenés et reflétant nos manières de vivre. Les océans sont en proie à cette maladie incurable engendrée par l’homme et qui causera sa propre perte.