S44/ "Missing Paloma"

Installation, structure en métal, sable, dispositif sonore. 2023

Hymne aux espaces disparus. Missing Paloma est le fruit d’une recherche autour des liens que nous tissons avec les espaces que nous occupons. Initié·e à l’art par des inspirations telles que Lucy Orta, Absalon, Minia Biabiany ou Lara Tebel et Randa Mirza, j’ai placé entre autres les notions d’espace et d’habitat au centre de mes recherches. Issu·e de différentes cultures, je décide en 2021 d’établir mon projet de mémoire autour d’une seule question : “Où est chez moi ?” et entame la production d’un documentaire au cours duquel je retrouve les onze villes, quinze habitations, et deux continents que j’ai habités tout au long de ma vie.
Accompagné·e d’apports théoriques mais surtout de récits intimes, “Où est chez moi” était l’occasion de poser un regard sur l'impact de l’urbanisme sur ses habitant·es. Et ainsi, d’observer avec plusieurs casquettes les différents tenants et aboutissants des projets urbanistiques au sein desquels nous évoluons.

Paloma est une plage située à 30 kilomètres au Nord de Casablanca. Au début des années 2000, elle abritait une grande salle d’arcade accessible après avoir traversé un terrain vague que je croyais, à l’époque, être le Sahara. Au début des années 2010, la plage n’est plus entretenue et se voit recouverte de déchets de tous genres. À la suite de cela, un nouveau projet immobilier voit le jour, la plage polluée deviendra un parc d'hôtels bordant la côte marocaine. 10 ans après la plage est recouverte de débris d’anciennes habitations, de plastiques, et autres signes d’abandon. 


C’est à cet instant qu'apparaît Missing Paloma, dispositif immersif, mobile et évolutif.
L’installation a été pensée comme une alternative aux lieux disparus et nous invite à prendre le temps d’apprécier les espaces aimés et à en prendre soin. Et nous laisse le choix d’en redisposer artificiellement le temps d’un instant. Elle est composée d’une structure de 190 cm de haut, celle-ci recouverte d’un assemblage de couvertures de survie. Au sol sont disposées des quantités de sable qui varient selon le contexte. Dissimulé au sein de la structure, un dispositif d’amplificateur de vibration sonore à portée directionnelle diffuse la bande son homonyme “Missing Paloma”: https://www.youtube.com/watch?v=LZu0ABg8avA
La bande son est un mélange entre enregistrements sonores et MAO. La superposition de différentes couches d’enregistrements de vagues, de vents, de voix avec la mélodie composée par synthétiseur virtuel vient créer un hybride auditif aux airs dissonants. En me réappropriant les codes musicaux typiques des jeux des débuts des années 2000, comme les vieux synthés et la réverbération rétro, je fais référence aux nombreux lost média accessibles sur internet. Utilisées ici pour parler de nostalgie plurielle d’une enfance bercée par les salles d’arcades et le bruit des vagues, qui semble perdue dans un espace liminal inatteignable.

Au-delà de l’impact climatique environnemental que peuvent causer les multiples projets immobiliers sur la côte, il s’agit aussi de penser nos habitations en se détachant de leur obsolescence supposément obligatoire. L’architecture traduit des priorités économiques et sociales d’une société. Il est important pour moi de penser les fondations de demain en prenant en considération les problématiques actuelles. Missing Paloma est un substitut qui fait office de signal d’alarme, nous devons considérer nos espaces pour ce qu’ils sont.

Aujourd’hui, le plastique représente 85 pour cent des déchets marins, mais il occupe aussi les terres en Tanzanie, au Kenya, en Indonésie et dans de nombreux autres pays, le plastique est un problème non pas seulement en tant que déchet mais aussi lors de sa fabrication, qui nécessite la production de produits chimiques divers et complexes. Nzambi Matee, ingénieure, est l’inventrice d’une formule de récupération de plastique. Aujourd’hui mise au service des projets d’urbanisme, elle réussit à recycler plus de 500 kilos de déchets plastiques par an en les transformant en briques réutilisables.

Missing Paloma demeure alors comme un vestige du souvenir d’une plage aimée mais traduit aussi mon désir profond d’éviter la répétition d’un tel phénomène, en réfléchissant, à mon échelle, à la problématique de pollution des littoraux et des eaux et comment penser demain.