S42/ "Allegorie"

Dans mon travail de recherche, je récupère des objets, matériaux et déchets qui font partie de mon environnement sociétal et je leur donne un autre signifiant dans un nouveau contexte.  Ces objets créés par notre société m’intéressent en tant que tels, je ne vois parfois pas l’intérêt d’intervenir dessus, je m’applique plutôt à révéler leurs conditions d’existences et j’inverse leurs relations de causalité. 

Pour ce projet, j’ai commencé par peindre un dauphin mort ; cet animal plutôt apprécié, a une image assez présente dans notre culture et imaginaire collectif.
Pourtant, le dauphin est peu représenté ainsi, malgré les chiffres alarmants du CRNS, qui dénombre 1 482 petits cétacés découverts échoués, morts, entre décembre 2022 et avril 2023. Les filets de pêche et la pollution sont les raisons de leur mortalité, et 80 % des dauphins échoués sur les côtes françaises présentent des traces de plastique dans leur estomac.
Le dauphin, faisant partie du haut de la chaîne alimentaire, qui par conséquent, se retrouve avec un taux de plastique élevé dans son corps, est choisi ici, pour parler des espèces marines qui se voient chaque année envahir par 8 tonnes de plastique dans leur habitat selon WWF.

Dans cette œuvre, je montre l'allégorie de la mort de cet animal. En allant sur les plages de ma ville de résidence, Montpellier, j’ai ramassé les déchets pour lui redonner corps. Flottant dans l’eau, entre les rochers, et abandonné sur le sable, j’ai pu récupérer des filets de pêche, une bouée, et divers déchets plastiques de toute taille ainsi que du verre et une planche de bois. 
L’animal prend ensuite forme ; j’ai reproduit son cadavre avec tous ces déchets récoltés, je lui redonne sa présence. Je montre la relation matérielle qu’existe dans ces phénomènes qui n’appartiennent pas à la vie de ces espèces. Puis en y projetant ma peinture, je révèle l’enveloppe corporelle qui est restée de cet être, ce qui rappelle qu’il était vivant, mon intention était de mettre en lumière cette mort non naturelle. 

Par mes préoccupations du vivant, ici, des espèces marines et leurs habitats, je pose des questions sur le statut des médiums et ses limites : cette œuvre est une sculpture et une installation, mais il y a aussi une peinture, qui devient une image et de la lumière à travers la projection. 
Avec la réalisation de ce projet, une question me reste en tête, à partir de quel moment l’animal devient déchet ? Comment le vivant peut-il être considéré comme tel ?

La sculpture avec sa projection fait ≈ 1m80 sur 3m.