S18/ "Avens frelatés"

« Abime aux coupes saillantes et agencées, dévoile tes vestiges exemptés.
Trésors dérobés, perfore ton sol rocheux. Du haut de mon supposé belvédère, j’épie ce conduit tari ; fructueux moule bien trop abusé. Le voile muqueux esseulé ou cœur battant haleté replonge en écaillant les fragiles parois d’un ancien coffrage éventré. Les timides amphibiens se recueillent devant les décombres de leurs alléchants affins, qui par leurs bras musclés ne serviront que d’hors-d’œuvre.
Mon attention aiguillée par ce parterre cérébral, labyrinthe éclairé aux galeries excavées.
Asperge-moi de ta malsaine coulée jade, déverse ton venin bileux sur ces marches orchestrées.»

Les coupes de charpentes présentées proviennent d’une maison ayant été touchée par un incendie. Ces dernières, qui ont échappé aux flammes, n’en sont pas moins souillées par le temps. Les insectes, l’eau, l’humidité et la chaleur en ont fait des ossatures fragilisées, perforées de nombreux trous.
Un bois qui aura soutenu des centaines d’ardoises et de souvenirs s’émiette pour finir au fond d’une benne, recueilli par les ouvriers post-sinistre. Je puise parmi ces tangibles reliques, je sculpte à même ces pièces des formes à la fois industrielles et naturelles, abstraites et figuratives. Je présente cette installation comme des étagères murales, relatant chacune une histoire différente, une scène de la vie quotidienne, un objet ou autre flore aérienne. Ma pratique en sculpture intègre la notion de récupération ; travailler à partir d’éléments industrialisés pour leur donner une nouvelle vie. Les différentes essences de bois utilisées proviennent le plus souvent de bois dédié au commerce ; poutres de pin traitées, chutes de meubles vernis ou autres bois de charpente.
Du bois abandonné, oublié, jeté sur le bord de la route, catégorisé comme inutile à la société. Je crée de nouvelles formes, je déporte sa fonction primaire.