PH36/ "Briselame" (série)

« Briselame » est le résultat d’un travail de trois ans de recherches photographiques sur les digues bicentenaires qui enferment et protègent le port de Boulogne-surMer dans le Pas-de-Calais.
Premier port de pêche de France en termes de superficie et d’infrastructures, mais avec des quantités de poissons divisées par dix depuis les années 70 et des édifices portuaires laissés pour compte, Boulogne est aux confluences des effondrements
économiques, sociaux et écologiques. En découvrant ce territoire, il y a cinq ans, j’ai tout de suite été frappé par sa géographie et son histoire, par sa nature de frontière et son rapport intime à la mer.À la fois argentiques et numériques, cette série de photos grand format en noir et blanc dresse le portrait de ces superstructures vouées à une ruine certaine, se dressant sur l’eau comme de gigantesques murs sombres et engageant un véritable rapport de force avec leur environnement.
De ces structures à l’allure brutaliste et austère, naît une autre vision de l’océan, loin de ses images d’Épinale : Celle d’un monde froid, étranger et hostile qui est intrinsèquement réfractaire à la vie humaine : Une gigantesque zone d’exclusion où nous, êtres humains, n’avons pas notre place.
Dans un contexte de phénomènes climatiques de plus en plus violents, combien de temps tiendront nos digues ?Nos sociétés, embarquées dans une dynamique de croissance exponentielle, sont imbriquées dans des systèmes de langages, de cultures et de pensées extrêmement complexes, presque sans moyens de communication entre elles : nous sommes dans un grand paquebot sans gouvernail et naviguons vers un inconnu que nous savons hostile à la vie.
C’est de ce postulat radical que d’écoule ma démarche artistique : je m’intéresse aux rapports de forces qu’entretient l’homme à son environnement et aux conditions d’existence humaine dans les milieux hostiles.
C’est par le biais d’installations sculpturales et photographiques que j’imagine nos moyens de protection et d’adaptation dans des environnements inhospitaliers et rends compte de la relation que nous entretenons avec nos territoires.