PH28/ "Mémoire des cendres" (série)

En pleine été 2022, une forêt de plusieurs hectares de pins et chênes a brûlé près de chez moi. Après le choc, j'ai souhaité me rendre sur place pour constater les dégâts. J'ai photographié ces arbres noircis par les flammes, ces écorces craquelées, gondolées. Cette peau devenue parchemin, mémoire fragile de l'arbre, partait en fumée. J'ai récolté cette cendre, poussière de vie, afin de réaliser la première partie de mes tirages: des impressions pigmentaires, témoin sensible et sombre de la mémoire du végétal et du passage des flammes.

Quelques mois plus tard je suis revenue sur les lieux. Le noir dominait toujours dans le paysage mais de petites touches de vie vertes, bleues, violettes apparaissaient. J'en ai collecté quelques-unes comme un herbier d'après incendie. Je les ai pressées pour récolter leur jus que j'ai ensuite précipité pour en récupérer les pigments. En les mélangeant à une base à monotype transparente, j'obtiens une encre pigmentaire que je transfert, à l'aide de la technique estampe du Monotype, sur mon tirage pigmentaire noir.
Les zones recouvertes d'encre végétale symbolisent le pourcentage de repousse de chaque espèce sur la parcelle.

Ces photographies en deux couches superposées fonctionnent à la manière d'un herbier ou de strates géologiques, montrant sur un même plan un avant après sur plusieurs mois.

Les incendies étant de plus en plus nombreux, surtout en ce début d'été, je souhaitais montrer les dégâts infligés à la flore locale tout en gardant l'espoir d'une renaissance.
Ces photographies invitent à réfléchir à la fragilité de l'écosystème qui nous entoure et la nécessité de le préserver. Cette préservation passe par une sensibilisation mais aussi une manière plus écologique d'aborder les choses, c'est pourquoi j'ai réalisé ces tirages sur du papier recyclé et ai utilisé une majorité des pigments végétaux que j'ai extraits à la main sans aucun produit chimique.