PH17/ "Un fleuve sortait d'Éden" (série)
La piscine privée m’intéresse en tant qu’idéal commun. Espace du sensuel, de la libération, du corps désœuvré, de la « nature soumise» , elle s’affirme aujourd’hui comme image de réussite par la domestication de sa condition. Je l’envisage dans
mes recherches comme héritière contemporaine des fleuves cités dans l’Éden: Hiddékel, Euphrate, Pishon et Guihon.

Ces bassins de 50 000 à 80 000 litres d’eau se retrouvent aujourd’hui au cœur des débats concernant les ressources en eau. Selon la FPP (2022), la France est le deuxième pays le plus équipé en piscine du monde (1 bassin/21 hab.), et depuis 2021, plusieurs départements français en ont interdit la construction. Vis-à-vis de l’urgence climatique, la piscine serait vouée à disparaître, mais, paradoxalement, face à l’angoisse du réchauffement des températures, le marché des piscines est en plein essor (230 000 constructions prévues en 2024 en France), créant ainsi par ce biais une fracture sociale et climatique.
C’est justement face à ce paradoxe que se base mon interrogation: ne sommes-nous pas actuellement les témoins de sa disparition à venir ? À l’image de la vanité picturale, j’évoque la piscine comme anticipatrice de sa propre disparition, telle une ruine vers laquelle elle tend.

L’installation se construit ainsi en deux parties : 
1. La projection d’une image photographique intitulée Mes de Maï sur un mur ou écran entier. 
2. La projection par carroussel à diapositives, situé de l’autre côté du mur, sur lequel se succèdent des images de piscines privées en vue satellites, comme subtilisées à leur propriétaire.
Sophie Ristelhueber recule vers le ciel pour englober du regard le paysage qui devient un ensemble de formes abstraites dans sa série Faith. Mes images, elles, deviennent plans architecturaux, tel des relevés qui prennent force dans l’accumulation et la succession.
La projection est un dispositif qui m’intéresse dans la confrontation inhabituelle qu’elle créer avec le regardeur, tout en posant la question de la matiérialité des images : elles se succèdent sans fin sur un support volatile, agrandie jusqu’à la démesure.