PH14/ "Le Signal"
Série : "Face au Signal", "Trace du Signal", "Le Signal transpercé"
En août 2021, je me suis rendue à Soulac-sur-mer avec des amis. En m’approchant de la côte, j’aperçus un monstre en béton. Délabré
et majestueux à la fois, cet immeuble en friche projetait son ombre sur le sol, transpercé par les derniers rayons du soleil. Comment ne pas remarquer sa proximité avec le rivage ? Il longeait littéralement la côte, si bien qu’on avait l’impression qu’il allait glisser dans l’eau. Cet effet était accentué lorsque la marée haute réapparaissait. Consciente du phénomène d’érosion qui touche nos littoraux, j’ai immédiatement ressenti le besoin de connaître l’identité et le sort de cette carcasse vide.

Le Signal était un immeuble d’habitat collectif, construit à la fin des années 1960. À l’époque, il était situé à 200 mètres du rivage, ce qui me parut déjà trop proche. Depuis sa construction, le rivage s’est avancé de 4 mètres par an en raison des différentes tempêtes connues par la région. J’ai appris que le bâtiment avait été désamianté en 2019, soit deux ans avant notre venue. Resté vide et dénudé pendant 4 ans, il a finalement été démoli en février 2023, marquant la fin de sa torture. Le Signal est devenu, malgré lui, le symbole de l’érosion côtière et du changement climatique. Mais le signal est également et ironiquement le mot qui convient pour indiquer qu’il est temps d’agir POUR l’environnement et CONTRE les excès et les caprices humains.

Face à cet intriguant Signal, j’ai pensé qu’il était important de garder une trace de cet héritage, qui est le résultat de nos erreurs passées et l’espoir de notre futur (puisque nous avons maintenant une conscience écologique).

Cette photographie met en évidence de manière frontale la carcasse vide du Signal en fin de journée, à marée basse. L’ambiance est mystérieuse, presque fantastique, car il n’y a aucun personnage, aucune présence humaine. On se demande même si le lieu existe. La frontière entre la réalité et l’imagination est faible, accentuée par le bleu du ciel presque irréel. Au centre de l’image, la plage sépare la photographie en trois parties et agit comme un axe de symétrie parfait, un miroir entre le passé et le futur. Le bâtiment qui se reflète dans l’eau semble indiquer sa démolition future.

On a le sentiment que lorsqu’il aura disparu du paysage, il laissera une trace fantomatique, gardée par la mémoire de l’eau. Ainsi, notre relation à la temporalité et au réel est désorientée, d’autant que le bâtiment n’existe plus aujourd’hui.