PH11/ "Renaissance"

L’image que je vous soumets est un autoportrait. Celui-ci a été pris sur une plage encombrée de déchets en tout genres, revenants de la mer. Nous y distinguons clairement toutes sortes de cordes, filets, objets abîmés et/ou gonflés par l’eau ainsi que des objets plastiques en début de décomposition. Le sable et la roche se perdent dans cet amoncellement, jusqu’à en devenir anecdotiques.  Aucun élément ou déchet n’a été ajouté ou déplacé dans le cadre.

J’ai posé au sommet d’un amas de détritus en portant la robe, taillée sur mesure, d’une jeune créatrice vietnamienne. Mài (la créatrice) gère une boutique de vêtements prêts à porter de seconde main. Elle recycle tous types de tissus et, à ses heures perdues, utilise les pièces invendues pour créer de nouvelles pièces.

L’idée derrière cette photographie est de constater cette montagne d’ordures en lui portant un meilleur regard. Plutôt que de la dédaigner, nous voulons plutôt en tirer le meilleur pour la réanimer et lui redonner un sens. Les détritus apparaissant ici semblent s’agglomérer et renaitre autour de moi sous la forme d’un bel habit. Nous prenons ainsi conscience que la nuisance sur un patrimoine naturel peut être la source d’un acte de création, potentiellement salvateur. Je veux ici porter la lumière sur des initiatives embellissant le déchet, pour renouer un lien avec lui plutôt que le rejeter.

L’utilisation du flash directionnel creuse les ombres et apporte une dimension dramatique à l’image. Ce “noir” et l’expression lue sur mon visage expriment un doute face à la dualité de l’acte humain sur la nature. Lui qui salit, mais tente tant bien que mal de se rattrapper. Je recycle, j’essaye, mais je suis tout de même coupable. 

Ce portrait s’inscrit dans le cadre d’un projet photographique mené au Viet-Nam autour du rapport des jeunes locaux à la mode responsable. Au sens écologique, économique, éthique et culturel du terme.