P52/ "Maïdo calciné" (diptyque)
C’est en 2020 que j’ai commencé la pratique de la collagraphie. Cette technique consiste en un collage d’éléments à faible relief sur une plaque fine mais rigide.
C’est à cette même période qu’a commencé le terrassement du jardin de ma grand-mère qui ayant légué de son vivant les parcelles de ses terres à ses enfants, s’est retrouvé du jour au lendemain sans jardin. Ayant passé le plus clair de mon temps dans ce jardin lorsque j’étais enfant, cet évènement a joué un rôle décisif dans ma pratique plastique durant ces dernières années.
J’ai commencé suite à cette période à glaner sur le sol des éléments « déchus », des débris de végétaux qui de prime abord pourraient paraître insipides, ordinaires, mais qui se sont avérés être une ressource inépuisable et extraordinaire pour ma pratique. 
Ici, nos jardins créoles sont divisés en deux parties distinctes, une partie ornementale et fleurie qui se trouve à l’avant de la maison, et le reste du jardin qui se résume plutôt à un petit bazar organisé où tout semble disparate et confus mais où pourtant chaque élément a une place bien précise et connue. Le jardin ornemental de Mémé c’est la partie qui dans ma famille, était sacrée, il ne fallait surtout pas casser les fleurs qui s’y trouvait au risque de se faire réprimander. C’est pourquoi lorsqu’il a disparu, j’ai arrêter de « casser » des fleurs et je me suis mise à les traiter avec délicatesse et respect comme Mémé traitait son jardin. J’ai suivi les saisons, les cycles, et ne glaner sur le sol que ce qui était tombé ou fané pour lui redonner vie sous une forme,artistique, pour révéler ces matériaux et retranscrire les lieux qui m’étaient chers.

La pièce que je présente lors ce concours a été réalisée suite aux incendies qui ont eu lieu en fin d’année 2020 dans la forêt du Maïdo, où plus de 200 hectares de forêts ont été réduit en cendres.
Le village de Petite-France, là où j’ai grandi, se trouve sur la route qui mène à la forêt du Maido. J’ai grandi tout près de ce lieu et il m'a semblé comme une urgence de réaliser des collagraphies qui témoigneraient de ce carnage. Pour ce faire je me suis rendue dans cette forêt et j’y ai prélevé des éléments qui m’ont servi à réaliser ma matrice et à ancrer littéralement la scène dans le papier de façon indélébile.

Sur cette estampe j’ai représenté un fanjan ainsi que des tamarins des hauts anormalement sans feuilles, ce sont deux plantes emblématiques des forêts qui longent la route du Maïdo. J’ai travaillé l’encrage afin qu’il puisse retranscrire ce côté brûlé du bois, et cette atmosphère assez lourde. Le format relativement petit de la matrice (12,5x16,3) force le spectateur à s’attarder sur les éléments et à regarder de plus près la scène. Le format de la matrice renvoie également à un format carte postale fait contraste avec l’imagerie des gravures coloniales et à ces paysages dits de « cartes postales » qui reflétaient elles des vues idéalisés mais qui à mesure du temps et des dégâts occasionnés par l’homme, tendent à disparaitre.