P44/ "Lost sheep in space"
L'œuvre avec laquelle je candidate, est une peinture qui nous plonge dans une atmosphère menaçante et énigmatique. Elle représente deux moutons qui semblent sur le point de combattre, perdus dans un paysage hostile composé d’une roche étrange qui parait venir d’une autre planète. Cette masse imposante qui pourrait sortir d’un film de science-fiction, est en réalité un zoom sur une canette écrasée et marquée de points de soudure. Par un jeu de couleurs et d’échelles, le regard est troublé face à l’ambiguïté entre les surfaces brillantes et tranchantes du métal ou l’aspect brut et verglacé d’une montagne.
L’utilisation de cette canette récupérée pour remplacer l’image d’une roche donne à voir un monde dystopique où des déchets industriels monumentaux viendraient prendre la place du paysage naturel, et où les animaux et les hommes devraient lutter pour s’adapter.
Le traitement pictural des moutons avec leurs douces fourrures vient contraster avec celui du fond, travaillé à la spatule avec des gestes plus francs et vifs qui accentuent la force de ce bloc envahissant.
Les canettes en aluminium peuvent mettre jusqu’à 500 ans à se décomposer, c’est un déchet symbolique de la pollution de notre planète et ses océans, c’est pour cela que je l’ai choisi pour ce tableau afin que chacun puisse en ressentir l’impact.

Bien que ma pratique se compose en séries, l’un des éléments récurrents qui la caractérise est la représentation de rebuts métalliques biscornus, choisis pour leur usure.
Ces représentations prennent des formes variées. Parfois sujets de natures mortes, ils deviennent des témoins immobiles du temps qui passe. Mais, par un jeu d’échelle, ces mêmes objets se transforment en paysages surréalistes ou en architectures imaginaires, décors quasi abstraits, dans lesquelles l’apparition de figures humaines ou animales fait naître de mystérieux récits.

Cette collection d’objets métalliques a été constituée en récupérant les chutes d’autres artistes qui travaillent le métal. C’est une manière de recycler les matériaux des sculpteurs et d’avoir des objets sources qui sont déjà chargés d’une histoire.
J’aime les appeler «ex-formes», un nom que j’ai tiré du livre éponyme de Nicolas Bourriaud, dans lequel ce terme désigne «la forme en tant que prise dans une procédure d’inclusion ou d’exclusion».
Exclus de la société de consommation de par leurs statuts de déchets indésirables et à la fois inclus dans une démarche artistique qui est la mienne, valorisés en tant que sujet en-soi.
Leurs surfaces écorchées, brillantes, rouillées, marquées par la soudure, sont prétextes à reposer des questions picturales autour de la matérialité et de la couleur.