P39/ "Diptyque - Sulfuré n.2 et Sulfuré n.4"
Bien qu’omniprésent, universel et fondamentalement sacré, notre lien au ciel s’estompe jusqu’à atteindre parfois l’indifférence. Ma recherche se déploie dans cet intervalle entre banalité et spectaculaire afin de remettre cet environnement sauvage au centre du regard.
Je m’intéresse particulièrement aux formes mouvantes qui l’habitent : les particules, imperceptibles seules, visibles sous forme de nuées. Cette recherche tend à capter les sensations qui y sont liées : nuances lumineuses, taux d’humidité ambiant, température ressentie, propriétés de l’air, dissipation de la matière. Ce terrain de recherches formelles et conceptuelles centré autour de la figure du nuage synthétise des questions plastiques en jeu depuis le début de la Renaissance liées à la représentation, à ses limites et ses pouvoirs. Ces masses équivoques incarnent tout autant un absolu de la contemplation que des enjeux liés à notre environnement, entre nuages artificiels, fumées et smogs de pollution. Ces derniers sont responsables d’un assombrissement du ciel, qui va en s’accentuant : la luminosité est altérée, allant de pair avec la prolifération des images que nous rencontrons et qui troublent notre vision.

J’explore l’insaisissabilité de ces formes nébuleuses variables ; pour cela je mets au point des techniques mixtes sondant la perméabilité entre support et surface. Je cherche à restituer une forme d’émergence indirecte des formes : la sensation visuelle obtenue est le résultat des interférences des couleurs superposées par de nombreux glacis. Ces images tendent à produire une impression floue, immatérielle, et surtout changeante au fur et à mesure du temps de contemplation qu’on y consacre. Le sfumato implique également que notre regard soit mouvant, que notre corps se déplace, modulant ainsi la perception de l’image. Aussi,
la restitution numérique de ces tableaux, à l’instar du ciel réel, ne restitue volontairement que partiellement leurs dimensions absorbante et lumineuse. Ni figuratives, ni abstraites, les images peintes interrogent des sensations universelles et ambiguës : peut-on ressentir un sentiment d’harmonie face à un ciel pollué si on ignore qu’il l’est ? Peut-on être fasciné.e par les émanations vaporeuses d’un feu de forêt ?

Cette série des Sulfurés fonctionne sur ce principe d’indéterminé, et cherche à confronter une imagerie atemporelle du ciel et des nuages à une iconographie contemporaine : celle du réchauffement climatique. En extrayant le panache de fumée, et en le gardant en suspens, le mégafeu est sorti d’un immédiat spectaculaire. Donner une vision concrète, presque tactile, d’un phénomène trop souvent perçu comme flou et lointain, pour reconnaître le Pyrocène et nous faire regarder ce que l’on voit.