P27/ "Les Herbes folles"
Dans ma pratique, je cherche à retranscrire des sensations, et représenter des moments suspendus, comme pour garder en mémoire des événements éphémères et anodins. Des paysages sont construits pour accueillir des scènes de la vie quotidienne.
Dans Les herbes folles, je me suis concentrée sur le motif de la clairière. J’ai voulu mettre l’accent sur le sentiment ressenti lors de chaudes journées d’été, combinant la sécheresse de l’air, une lumière éblouissante et la sensation des herbes rèches sous les pieds nus.
Cette peinture a été réalisée à partir de vidéos que j’ai prises dans le bois de Vincennes. Ma pratique est étroitement liée aux questionnements de la narration et de la temporalité, faisant ainsi référence au cinéma d’animation et à la peinture médiévale.

Ici, les temporalités sont suggérées par les différentes scènes de l’image : « Dans (c)es toiles peintes et ajustées de manière à entourer le spectateur, on peut voir la course de chiens dans un champ, comme la mise en marche d’une colonie de fourmis. Si dans le premier cas, la référence aux études de mouvements d’Étienne-Jules Marey est flagrante et peut laisser croire à un individu dont la trajectoire est décomposée, dans le deuxième cas, il s’agit plutôt d’une représentation collective d’un même mouvement. Ce changement d’échelle ne traduit pas seulement un souci du détail mais aussi une façon de créer du jeu entre les temporalités et peut-être de faire coexister l’instant et la durée. Le vent dans les blés comme le passage des animaux suggérés par des touches rapides font du paysage un lieu de présence. C’est la traversée du champ avec ce que ce terme comporte également de cinématographique. » Henri Guette
Je conçois mes paysages comme des scénographies où l’on peut à la fois se sentir spectateur, et prendre part mentalement à l’action qui se déroule en face de nous. La notion d’immersion est cruciale dans ma manière d’élaborer et de penser une image.

Le paysage sert donc de scène pour accueillir une action, mais il a aussi un rôle de personnage à part entière. J’aimerais qu’il ait un langage, une expression et une présence propres à lui, comme dans les tableaux atmosphériques de Théodore Rousseau. Le paysage est pour moi un prétexte pour laisser la peinture s’exprimer, en cherchant une puissance et une énergie où elle peut se libérer dans les motifs, le vent et le mouvement.
La relation des animaux avec le paysage pose la question de notre position et notre rôle dans l’environnement qui nous entoure. Cette pièce évoque donc à la fois la beauté estivale d’une grande étendue d’herbe avec ce qui s’y déroule, mais nous pose aussi la question de la limite à cette beauté en nous montrant à la fois sa fragilité et sa splendeur.