N26/ "GetInnocuous!" 

Ma pratique artistique personnelle se base sur l’utilisation de l’erreur numérique et du bug informatique pour altérer mes images. A l’aide de multiples procédés, tel que le tri de pixels ou encore la sonification à travers l’ouverture des images dans Audacity, j’exploite volontairement les défauts de la machine afin d’en faire ressortir des artefacts ou déformations uniques du fichier, manipulant alors le pixel tel un peintre manipulant ses pigments.
C’est dans ce contexte que j’ai voulu parler des NFTs. En effet, ce nouveau moyen de vente d'œuvres digitalisé à travers la blockchain est continuellement entretenu en électricité par les datacenters afin de pouvoir préserver leur certificat d’authenticité ainsi que l’historique de leurs transactions. Pour moi, le maintien de ce système est une véritable absurdité écologique, car l’électricité devient lentement une denrée rare qu’il faut que l’humanité préserve, en particulier quand cette énergie à l’échelle mondiale est générée à
61,5% à partir d’énergies fossiles.
En France, l’hiver dernier, la politique nous a prévenu de potentielles coupures; l’Afrique du Sud a fait face à l’été 2023 à de nombreuses coupures allant jusqu’à douze heures par jour; pendant ce temps, les datacenters utilisent l’électricité pour entretenir de nouvelles technologies dont la majorité des individus sur Terre n’ont même pas accès. Les NFTs sont pour moi le porte-étendard de ces nouvelles technologies absurdes puisqu’actuellement utilisées uniquement dans le cadre d’une bulle spéculative, avec de nombreux projets qui n’ont que peu de valeur artistique. De plus, leur achat ne permet pas la possession de ces images de 600 par 600 pixels, mais pour un accès exclusif à un lien rattaché à cette image.
C’est pourquoi mon oeuvre, GetInnocuous!, traite de cette technologie. J’ai regroupé cent NFTs de la collection Bored Ape Yacht Club, sujet majeur des NFTs et de la blockchain, des images de singes générées aléatoirement, que j’ai agglomérées en une seule et même image via Audacity. Je les ai superposés sur ce logiciel d’édition audio afin qu’ils ne forment qu’une seule et même fréquence, pour ensuite la traduire en image pixellisée à l’enregistrement. Ainsi, chaque image fait elle-même interférence sur les autres, surchargeant ainsi le visuel d’informations annexes et inutiles, dans le but de mettre en exergue la pluralité de ce type d’image et remettre en question leur nécessité. Le titre est emprunté d’une chanson de LCD Soundsystem, groupe musical ayant performé à un événement spécialement organisé pour tous les possesseurs de Bored Apes.
Cette image sera, au stade de réflexion où j’en suis, tirée en très grand format, de façon à pousser dans ses derniers retranchements la définition très basse de l’image, à seulement 631 par 631 pixels, format de base pour un Bored Ape. Tirer cette image en très grand format sur un support physique a pour but de remettre en perspective leur valeur dans une société déjà saturée d’images par les réseaux sociaux et la publicité. Leur consommation électrique pour les maintenir sur la blockchain ou bien leur coût en crypto monnaie n’aurait alors plus d’importance une fois ramené à la réalité de l’image et du support physique.