N17/ « L’extinction du Dahu »

Je suis guidée par la conviction que le territoire est d’abord un lien plutôt qu’une frontière (Joël Bonnemaison, 1995). Les représentations jouent un rôle crucial, car elles mettent en lumière la complexité des connexions entre les individus, les espèces et les espaces qu’ils habitent.

Ma pratique vise à redéfinir ces territoires pour en dévoiler une réalité moins apparente mais éminemment sensible et éclairée. Je cherche à interroger les frontières subtiles entre savoir et supposer, expérimenter et subir, tout en prenant en compte la position et le rôle que peut jouer l’observateur. L’utilisation de la retouche numérique, que j’emploie de manière visible et assumée, me permet de matérialiser ma perception de l’altérité en mutation.

L’extinction du dahu est une fiction d’anticipation. Il ne s’agissait pas simplement de présumer l’existence du dahu, mais d’envisager sans transition son extinction. Comme une fenêtre sur nos terres dans les siècles à venir, où nous serions les témoins de la disparition d’une autre espèce. Encore. Des outils de simulations et de calculs d’indicateurs agro-climatiques m’ont permis de travailler et de retoucher numériquement ces photos argentiques en prenant en compte ces scénarios. Ces derniers, pessimistes, s’accordent pour révéler des paysages de plus en plus touchés par la sécheresse et plus propices au développement de certaines maladies.

À l’origine photographiés lors de mes randonnées en haute montagne, ces paysages doivent alors se transformer. Plus arides, plus dramatiques, ils s’habillent de traces qu’un dahu atteint de la maladie de la langue bleue aurait pu laisser sur son passage, comme du sang à la lumière noire. Ces photographies, projetées et à nouveau tirées sur papier argentique, sont enrichies par une dimension sonore et une lecture qui complète et parfois se substitue à la narration visuelle, invitant le spectateur à une réflexion approfondie sur la fragilité de notre monde et notre perception des crises écologiques.