P6/ "À ma décharge"

Dans ma pratique du collage, j’utilise des papiers en tout genre (pubs de magazines, images de vieux manuels scolaires, calendriers, partitions de musique, photos de journaux, sets de table, fleurs séchées...). Je n'imprime jamais rien, mais travaille avec ces différentes matières glanées ci et là pour leur donner une seconde vie. En observant ces images collectées, j’éprouve des sortes de "coups de foudre" visuels où les papiers semblent faits pour s'assembler. Je découpe et colle ensuite ces images ensemble pour créer mes collages. C’est cette manière de travailler que j’ai souhaité montrer en choisissant mon nom d’artiste « amour de ma vue ». À travers mes compositions papiers, j’aime particulièrement détourner des tableaux anciens en les désacralisant (en souvenir de mes études d’histoire de l’art), modifier des photographies animalières de façon humoristique ou encore travailler sur l'harmonie des couleurs et créer des paysages oniriques. Par le biais de mes œuvres anachroniques, absurdes, poétiques, j’essaie de parler de causes qui me tiennent à cœur comme l’écologie et le féminisme. Je porte également une attention particulière au choix des titres qui font partie intégrante de mes créations. Chaque collage a ainsi un jeu de mots, un jeu sur les sonorités pour l'accompagner et lui donner une dimension supplémentaire.

L’œuvre que je propose, intitulée « À ma décharge », donne un double sens à ce détournement de la célèbre peinture de Friedrich Le voyageur contemplant une mer de nuages. Ce titre, c'est comme une prise de parole de la part du personnage au centre de l'œuvre. L’homme, de dos, se déresponsabilise de la pollution et de l'accumulation de ces déchets en utilisant l'expression "à ma décharge" qui sert à se défendre, à trouver des circonstances atténuantes, à l'image de nombreux politiques et de grands groupes qui n'assument pas leurs impacts écologiques désastreux. Mais, le titre montre aussi que cet homme anonyme qui surplombe cette mer de pneus a l'air fier et domine cette nature souillée. Le premier titre de ce collage était d'ailleurs "pneu mieux faire" comme une appréciation qu'on pourrait donner aux humains quant à leur comportement face au respect de l'environnement et la pollution plastique de notre patrimoine marin.