P5/ "Attention au feu"

De plus en plus présente, de plus en plus précise, la signalétique sʼest imposée dans le paysage public, et ces mots nous accompagnent comme un refrain. Cʼest un dialogue sobre, tranchant, qui sʼinstalle entre le promeneur et le paysage, comme une prière.
“Attention au feu”
“Quel feu? Y-a-t-il eu un feu dans la région?”
“Attention au feu”
“Cʼest vrai que la végétation a lʼair sèche, il ne pleut plus assez... les arbres sèchent de la tête, regarde ces chênes, ils nʼen ont plus pour longtemps.”
“Attention au feu”
“On en voit encore les traces, de ce grand incendie dʼil y a quelques années, il reste des troncs noirs au milieu des bruyères. Je nʼétais pas loin quand ça sʼest produit, le ciel est resté orange pendant toute une semaine.”
“Attention au feu”
“Attention à quoi? À ne pas  lʼallumer, ou à  ne pas brûler? Jʼimagine un feu tapi comme une bête fauve, prêt à bondir, à nous dévorer de ses nuées ardentes.”

Attention au Feu est une peinture de grand format, immersive, nous plongeant dans une végétation inextricable. Cʼest en fait un des nombreux tas de branchages résultant du défrichage annuel des sous-bois pour lutter contre la propagation des incendies. Lʼannée dernière, on recensait en France 12 814 départs de feux. Pour tenter dʼenrayer la progression du feu, les chemins doivent être régulièrement dég<gés, les branches mortes enlevées, les broussailles coupées à intervalles réguliers. Le territoire végétal ainsi fragmenté donne une petite chance à ses voisins de ne pas sʼenflammer à leur tour, en compartimentant le désastre. Avec le feu, il nʼest plus la question de si le feu prendra, mais quand et comment limiter les dégâts.

Huile sur toile, 200 x 150 cm
2024